Pour la petite histoire

Ecrire de la musique sans pour autant avoir suivi un parcours musical habituel : c’est le défi que relève l’Atelier d’Ecriture Musicale, alias « ADEM ». Fondé en 1999 à l’UCL sous l’impulsion de Pierre Bartholomée (Cfr. Thierry Desmedt, « Compagnon d’écriture », in Pierre Bartholomée : Parcours d’un musicien, Mardaga, 2008). Cet atelier a eu pour cheval de bataille le fait qu’une idée extra-musicale pouvait être le point de départ pour – entre autre – apprendre à composer.

En effet, pendant près de 10 ans, étudiants, chercheurs, musiciens amateurs ou professionnels se sont retrouvés pour des séances collectives de réflexion dans la bonne humeur sur la traduction musicale (l’écriture d’une partition) d’idées ou de concepts qu’ils utilisaient dans un contexte non-artistique. Preuve de la possibilité d’une telle démarche : chaque cycle de l’ADEM s’est terminé par la création publique des pièces musicales des participants.

L’origine : Pierre Bartholomée (1999-2003)

Comme beaucoup le savent, l’UCL a accueilli pendant trois ans, de 1999 à 2003 Pierre Bartholomée en tant que premier artiste en résidence. Pierre Bartholomée, chef d’orchestre et compositeur belge, était chargé de composer un certain nombre d’œuvres pour l’université. Ludus Sapientiae a par exemple été créée dans le cadre du 575è anniversaire de l’Université.

Pierre Bartholomée, désireux de ne pas limiter sa mission à l’université à son propre travail de créateur, a proposé d’animer un atelier d’écriture musicale à destination des étudiants et des membres du personnel universitaire. C’est ainsi que furent organisées trois éditions successives de cet atelier dans la joie de la découverte, la bonne humeur et le travail. Ces séances se déroulaient en parallèle avec les séminaires Grumiaux organisés par l’unité de musicologie de l’UCL : http://www.musi.ucl.ac.be/sem_Grumiaux/index.html.

Les participants venaient de tous horizons, une connaissance musicale préalable n’étant pas un pré-requis. Une idée force de cet atelier était d’une part que les participants pouvaient trouver une source d’inspiration pour l’écriture musicale dans leur discipline d’origine, et qu’en échange l’écriture et la pensée musicale pourraient (modestement) être amenées à prendre des formes nouvelles et innovantes. Il s’agit alors d’un échange bilatéral, l’écriture musicale amenant un regard nouveau sur la discipline de départ et sur la démarche universitaire en général.

Autonomie des participants (2003-2005)

La résidence de Pierre Bartholomée à l’UCL prenant fin et l’absence de subside n’a pas permis de maintenir l’atelier dans le cursus universitaire, sous la supervision d’un nouveau titulaire. Cependant, malgré la disparition du poste et du cours, cela n’a pas signifié la disparition de l’atelier. Certains participants des précédentes éditions désirant perpétuer l’expérience que fut pour eux cet atelier ont décidé d’organiser par eux-mêmes les éditions successives, l’atelier et ses pratiques leur appartenant petit à petit grâce à l’héritage des années de lancement et grâce aussi à la continuation de l’engagement de Pierre Bartholomée auprès de l’atelier, aujourd’hui encore, en l’encourageant, le supervisant de plus loin, mais toujours attentivement. Même si ces difficultés n’ont pas empêché l’atelier de poursuivre son chemin, grâce à l’aide de quelques compositeurs qui sont intervenus ponctuellement pour commenter les travaux et conseiller de nouvelles pistes aux participants (Pierre Bartholomée en particulier continua d’observer la finalisation des travaux et la préparation de l’exécution publique), même si les deux années suivant la fin de la résidence donnèrent lieu à des concerts de clôture, le fait que ces deux années se soient déroulées sans la supervision d’un compositeur sur l’ensemble de l’année s’est faite sentir sur le souffle nécessaire à alimenter la dynamique insolite entre création musicale et réflexion universitaire.

Les sessions avec Peter Swinnen (2005-2008)

Depuis le cycle 2005-2006, l’atelier prend une nouvelle direction, un nouveau départ par rapport à ces deux dernières années dans la mesure où un compositeur extérieur, Peter Swinnen, professeur au conservatoire Flamand de Bruxelles, collaborateur du centre de documentation MATRIX de la KUL et membre de plusieurs collectifs très actifs sur la scène musicale belge et internationale, supervise à nouveau un cycle complet de l’atelier. Il s’agit aussi de réaffirmer une des caractéristiques de l’atelier qui est celle de jeter des ponts entre le monde universitaire et le monde musical, en attendant de l’un comme de l’autre, de l’un par l’autre, une redécouverte et une reformulation des principes et des techniques acquises, un renouveau éventuel d’une pensée et de sa mise en œuvre, fut-elle scientifique ou musicale.

Pour ancrer l’atelier dans une réflexion concrète, touchant à tous les domaines possibles des sciences naturelles et humaines, et permettant des ponts dans le domaine de la création musicale, ces nouvelles éditions sont centrées autour de thématique :

Imitation – Duplication – Réplication (2005-206). Rencontre – Dialogue – Interaction (2006-2007). Métamorphose – Modulation – Transformation (2007-2008).

Chaque participant est amené à réfléchir, à creuser la thématique à partir du point de vue de sa discipline universitaire. Cette réflexion se déroule durant le premier quadrimestre. Lors d’un week-end complet, chaque participant présente durant la première journée le fruit de ses cogitations sur le sujet de son point de vue « scientifique ». Peter Swinnen présente également sa réflexion sur cette thématique, de son point de vue de compositeur. A ce moment là, chaque participant aura répondu à la question de savoir ce que signifie, ce que recouvre la thématique dans le cadre de sa discipline. Le dimanche est alors consacré à penser les implications que cette réponse peut avoir pour l’écriture musicale. Avant ce week-end, trois séances sont organisées. Lors de ces séances, on discute de l’avancement des recherches de chacun. Mais on y effectue également un certain type d’introduction à la composition.

Le deuxième quadrimestre est le moment de concrétiser les implications de la réflexion du premier quadrimestre dans un travail d’écriture musicale. Les séances sont consacrées à l’avancement de projet et les différents enseignements « techniques » sont cette fois véritablement centré sur l’objectif de donner aux participants les outils pour mener à bien la réalisation de leur projet personnel.

Chaque fin de cycle se terminant par un con-cert-férence.

Les sessions avec Geoffrey François (2010-2013)

 La reprise des séances en 2010 en compagnie de Geoffrey François est le début d’une évolution dans le fonctionnement de l’atelier. Jeune compositeur et musicologue venu de France, Geoffrey François pousse l’atelier à développer l’expérimentation concrète du matériau sonore au travers de rencontres avec les interprètes durant le processus de composition.

Cela conduit l’atelier à engager, pour chaque cycle,des instrumentistes pour qui les participants sont amenés à écrire une pièce. Ces rencontres se développent à partir des projets individuelles des participants autour d’une pédagogique collective.

Durant ces 3 années et sur base de ce fonctionnement, nous avons proposé :

  • Trio à cordes et Morphologie
  • Clarinette & Electronique
  • Percussions & Théâtre Musical

Cette reprise s’accompagne également de la collaboration avec Point Culture et Archipel permettant à l’ADEM de proposer des séries de concerts dans différentes villes (Louvain La Neuve, Namur, Bruxelles, Charleroi, Mons et Liège) à un public plus large.

Ces concerts se présentent sous la forme de « concerts-dialogues » (Si la musique m’était contée ? Le sens d’un concert-conférence aujourd’hui, Geoffrey François, in Introduction à la musique classique, ed. UMons, 2009) permettant au public d’obtenir des clefs d’écoute ou d’aller plus en avant dans ses connaissances et son écoute.

C’est en 2012, grâce à la volonté de Eric Brogniet que l’ADEM a la chance d’entrer en résidence à la Maison de la Poésie et de la Langue Française. Profitant ainsi de la salle de spectacle et du confortable salon pour organiser les traditionnelles séances de l’atelier et autres concerts dialogues élargissant ainsi le spectre de nos thématiques.

Ces nouveaux partenaires et l’organisation d’événements conduisent l’Atelier à développer une activité sur internet via des vidéos, des photos et de l’audio.

Dès lors, la période Geoffrey François, accentuant la rencontre avec l’interprète et l’objet sonore, s’est également marquée par une attitude d’ouverture au public de la part de l’atelier, ayant fonctionné jusque là principalement en cercle restreint.

Depuis 2013 : Sessions avec la hautboïste Claire Meynet-Cordonnier

2013 est l’année où heureux des effets positifs de ces rencontres et ouvertures, l’ADEM accueille non plus un compositeur, mais une interprète et improvisatrice, Claire Meynet-Cordonnier pour continuer les activités de l’Atelier en étroite collaboration avec le coordinateur de l’atelier.

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